Apple a versé 17 milliards de dollars d’impôts à l’Irlande en 2025, une somme qui représente à elle seule 40 % de sa facture fiscale mondiale, évaluée à 43 milliards de dollars. Cette concentration extrême dans un pays qui abrite pourtant une fraction modeste de ses effectifs mondiaux s’explique directement par la décision de l’Union européenne qui a ordonné en 2024 le versement de 13 milliards d’euros d’arriérés fiscaux non payés depuis des années.

Cette proportion prend tout son relief quand on la compare au poids réel de l’Irlande dans l’activité du fabricant d’iPhone. Le pays concentre 25 % des bénéfices mondiaux d’Apple avant impôts, un chiffre disproportionné au regard de ses 5 575 salariés sur place, largement inférieur aux effectifs employés dans d’autres grands pays où l’entreprise opère.
Chaque salarié irlandais d’Apple génère en moyenne 6 millions de dollars de bénéfices, un ratio qui dépasse de très loin celui observé en Allemagne, où les 4 089 employés du groupe ne produisent que 51 000 dollars de bénéfices chacun. Apple n’a payé que 153 millions de dollars d’impôts en Allemagne, une somme dérisoire comparée aux 17 milliards d’euros versés en Irlande, malgré des effectifs quasiment équivalents dans les deux pays. Ce contraste illustre l’attractivité du régime fiscal irlandais, dont le taux d’imposition des sociétés plafonne à 12,5 %, largement sous la moyenne européenne.
Une pratique partagée par d’autres géants américains
Microsoft applique une stratégie similaire en Irlande, où le groupe concentre 38 % de ses bénéfices mondiaux avant impôts. Chaque employé irlandais de Microsoft génère en moyenne 7 millions de dollars de bénéfices, un ratio encore supérieur à celui d’Apple sur le même territoire. Ces chiffres confirment un panorama où plusieurs indicateurs se recoupent pour mesurer l’ampleur du phénomène :
- Apple emploie 5 575 personnes en Irlande contre 4 089 en Allemagne, un écart d’effectifs qui ne reflète absolument pas l’écart de bénéfices déclarés entre les deux pays
- le taux d’imposition irlandais de 12,5 % reste l’un des plus bas d’Europe occidentale, un facteur structurel qui explique l’attractivité du pays pour les sièges régionaux des multinationales technologiques
- la comparaison avec Microsoft, dont 38 % des bénéfices mondiaux avant impôts transitent également par l’Irlande, montre que cette concentration fiscale ne relève pas d’une stratégie isolée propre à Apple
Apple continue de défendre son bilan fiscal global en se présentant comme « l’un des plus grands contribuables du monde, de manière constante », une formule qui met en avant le montant absolu payé plutôt que sa répartition géographique très inégale.







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