Quarante-neuf ans après la sortie de l’Apple II, une carte d’extension entend lui apporter presque tout ce qu’un utilisateur moderne pourrait demander. Appletini One réunit une sortie HDMI, de la mémoire, une accélération jusqu’à 33 MHz, du stockage sur carte SD, de l’Ethernet, du son évolué et des périphériques USB. Plus surprenant encore, elle peut fonctionner sans Apple II et émuler à elle seule un Apple IIe complet.
Le projet ouvre ses réservations pour de petites séries dont les expéditions doivent commencer en septembre 2026. Le prix indicatif est d’environ 300 € dans l’Union européenne, hors livraison. La réservation est gratuite et le paiement ne serait demandé que lorsque le lot de l’acheteur est prêt. Le tarif peut encore évoluer, ce qui distingue cette annonce d’un produit disponible immédiatement en stock.

Une seule carte pour remplacer une collection d’extensions
L’Apple IIe a été conçu autour de logements internes permettant d’ajouter des fonctions que la machine ne possédait pas à l’origine. Cette ouverture a créé un vaste catalogue de cartes vidéo, mémoire, stockage, réseau et son. Quarante ans plus tard, trouver ces périphériques en état de marche, leurs câbles et un écran compatible devient une activité de collectionneur à part entière.
Appletini One condense plusieurs de ces extensions sur une seule carte. Un FPGA — une puce dont le circuit logique peut être configuré — surveille le bus de l’ordinateur cycle par cycle. Deux cœurs ARM à 766 MHz complètent le traitement. L’objectif n’est pas simplement de lancer un émulateur logiciel, mais de reproduire le comportement temporel des matériels historiques tout en présentant leurs résultats à des périphériques contemporains.
La sortie mini-HDMI produit une image numérique compatible avec un écran moderne. Le fabricant annonce une reproduction des modes NTSC et PAL au niveau du cycle, ainsi que des options destinées à retrouver l’aspect d’un tube cathodique. Le possesseur n’a donc plus besoin d’un moniteur composite ancien ou d’un convertisseur vidéo externe, deux composants susceptibles d’ajouter du bruit et de la latence.
Cette démarche rejoint l’intérêt actuel pour la préservation matérielle. Un autre projet récent avait recréé un Apple II Plus sans émulation. Appletini choisit une voie différente : conserver l’ordinateur d’origine quand il existe, mais remplacer tout un ensemble d’extensions par un matériel programmable et réparable plus facilement.
33 MHz, 8 Mo de RAM et plusieurs ordinateurs dans l’ordinateur
Le processeur 6502 d’un Apple IIe fonctionne normalement autour de 1 MHz. La carte émule un accélérateur de type TransWarp capable d’atteindre 33 MHz, avec un verrouillage à 1 MHz pour les logiciels sensibles au rythme original. Cette possibilité est essentielle : accélérer aveuglément un ancien programme peut rendre un jeu injouable ou perturber les périphériques qui supposent un calendrier précis.
Appletini ajoute également 8 Mo de mémoire et un disque RAM de 32 Mo. Ces chiffres paraissent minuscules à l’échelle d’un iPhone, mais ils dépassent très largement les 64 ou 128 ko des configurations Apple II courantes. Le stockage principal peut être placé sur une carte SD, avec une émulation SmartPort pour les disques durs et la prise en charge du format WOZ, conçu pour préserver jusque dans leurs particularités les disquettes et leurs protections.
Deux coprocesseurs virtuels sont proposés. Un Z80 cadencé jusqu’à 80 MHz permet d’utiliser CP/M, tandis qu’un 8088 avec 640 ko de mémoire peut démarrer MS-DOS. La carte ne transforme pas magiquement tous ces systèmes en logiciels natifs Apple II : elle reproduit les extensions historiques qui ajoutaient déjà ces familles de processeurs. Cette mise en abyme rappelle à quel point les ordinateurs personnels des années 1980 dépendaient de cartes pour étendre leur compatibilité.

USB-C, Ethernet et impressions sauvegardées en PNG
La modernisation touche aussi les périphériques. Une souris USB-C peut être branchée directement et apparaît au système comme une carte souris d’époque. Un concentrateur permet d’ajouter un clavier et d’autres appareils. La carte SD peut être montée sur un Mac ou un PC par USB-C, ce qui simplifie le transfert de programmes sans manipuler de disquettes fragiles.
Une interface Ethernet émulant une Uthernet II relie l’Apple II au réseau. Le constructeur affirme que son disque logiciel peut parcourir le Web et envoyer des images vers l’écran. Il faut évidemment replacer cette promesse dans les limites de la machine : il ne s’agit pas de transformer l’Apple II en navigateur moderne capable d’exécuter les applications web actuelles, mais de passer par des outils adaptés à sa mémoire et à son affichage.
Le son repose sur une Phasor virtuelle, équivalente à deux cartes Mockingboard, avec douze canaux et deux circuits de synthèse vocale. L’audio sort par une prise analogique stéréo, avec une option optique annoncée. Même l’imprimante ImageWriter II est émulée : les pages produites par un ancien logiciel sont enregistrées sur la carte SD au format PNG, ce qui préserve le flux de travail sans exiger une imprimante, un ruban et du papier continu encore fonctionnels.
Le projet a fait l’objet d’une présentation détaillée à Virtual KansasFest 2026, une rencontre consacrée aux machines Apple II. La démonstration montre la carte installée dans un véritable Apple IIe et explique la combinaison de ses différents blocs matériels.
Un mode autonome qui remplace totalement l’Apple IIe
La fonction la plus inhabituelle se passe du boîtier historique. Alimentée séparément, reliée à un écran HDMI et à un clavier ou une souris via USB, Appletini One peut démarrer comme un Apple IIe Enhanced autonome. Elle reproduit alors la machine de base, ses 128 ko de mémoire et les extensions intégrées à la carte. Aucun lecteur de disquettes physique n’est nécessaire.
Ce mode rapproche Appletini d’un clone complet, mais avec une particularité : le même matériel peut ensuite être inséré dans un ordinateur original. L’acheteur choisit donc entre restaurer une configuration existante et construire un petit Apple II moderne autour de la carte. La compatibilité officiellement certifiée vise pour l’instant les Apple IIe améliorés ou non, en versions NTSC et PAL. Le support des Apple II, II Plus, EuroPlus et IIgs reste en test et n’est pas garanti pour cette révision.
Le produit s’adresse clairement aux passionnés, aux musées, aux développeurs rétro et aux propriétaires qui veulent continuer à utiliser un ordinateur fragile sans accumuler les accessoires anciens. Son prix d’environ 300 € dépasse celui d’un simple émulateur logiciel gratuit. Il rémunère une carte produite en petites séries et un travail de reproduction matérielle précis, mais il faudra attendre les exemplaires livrés pour juger de la stabilité, de la documentation et du service après-vente.
L’intérêt du projet dépasse ainsi la performance brute. L’Apple II occupe une place centrale dans les débuts d’Apple, que Steve Wozniak continue de raconter, notamment lorsqu’il explique les refus de HP qui ont précédé la création de l’entreprise. Appletini One donne à ce patrimoine une interface avec les écrans, réseaux et supports de stockage actuels. Si les premières séries tiennent leurs promesses, la carte pourrait devenir moins un gadget nostalgique qu’un outil complet de conservation et d’usage quotidien.








0 commentaires