Ce 1er avril 1976 ne ressemblait pas à une date singulière. Rien, dans l’air encore frais de la Silicon Valley, ne laissait deviner qu’un simple accord signé ce jour-là allait, des décennies plus tard, redessiner le monde de la tech, et d’une certaine façon, le monde tout court.

Dans une maison modeste de Los Altos, au 2066 Crist Drive, Steve Jobs tournait déjà en rond depuis le matin. À 21 ans, il n’avait ni diplôme, ni projet structuré, mais une certitude presque mystique : quelque chose de grand était en train de naître : l’ébauche d’une révolution.

Steve Jobs, Steve Wozniak et Ron Wayne

1er avril 1976, jour où Apple a débuté

Dans ce même garage, Steve Wozniak, plus réservé, plus méthodique, manipulait encore quelques composants. Pour lui, tout avait déjà commencé un mois plus tôt, le 1er mars 1976, lors d’une réunion du mythique Homebrew Computer Club. Ce soir-là, le Woz avait présenté sa création : une carte mère simple, élégante, presque magique — celle du futur Apple I. Pas un ordinateur complet, non ; juste l’essence « brute » de ce qu’un ordinateur personnel pouvait devenir. Les membres du club avaient été fortement intrigués, tantôt fascinés, tantôt sceptiques.

Mais Jobs, lui, voyait déjà plus loin.

« On ne va pas juste donner les plans… On va les vendre. » avait-il dit à Woz.

Cette idée flottait encore dans l’air du garage en ce 1er avril. Vendre des ordinateurs déjà assemblés, prêts à l’emploi, à une époque où la plupart des passionnés préféraient bricoler eux-mêmes… c’était presque une hérésie.

Et puis vint le troisième homme, Ronald Wayne. Plus âgé, plus prudent, presque paternel face à l’énergie électrique des deux Steve. Wayne avait déjà connu des échecs avec sa propre entreprise quelques mois plus tôt, et c’est peut-être pour cela qu’il fut celui qui donna une forme concrète à ce rêve encore flou. C’est aussi Wayne qui donna à Apple son premier logo (ce dernier bossait chez Atari en tant que dessinateur), un croquis précis au style désuet montrant Isaac Newton sous un pommier. Forcément.

Sur une simple feuille, Wayne rédigea donc le premier contrat.

Trois noms. Trois parts.
Jobs, Wozniak, Wayne.

45 %, 45 %, 10%

Une entreprise venait de naître, presque timidement, sous le nom d’Apple Computer Company. Un nom choisi par Jobs, inspiré d’un verger, d’un régime frugivore, ou peut-être aussi d’un désir de simplicité dans un monde technologique déjà archi dominé par des noms froids et techniques. Et puis, dira plus tard Jobs à son biographe Walter Isaacson, ce nom« permettrait de devancer Atari dans l’annulaire. »

Malgré ses nombreux doutes, Wozniak accepta de parapher le document. Wayne, lui, signa un peu à contre cœur… sans savoir qu’il se retirerait quelques jours plus tard, trop inquiets des risques financiers, cédant même ses parts pour 800 petits dollars.

Il y eut peu de cérémonial. Pas de discours. Pas de champagne.

Mais il y eut une décision cruciale. Car Jobs avait déjà une piste : un certain Paul Terrell, propriétaire du Byte Shop. Contrairement aux autres vendeurs d’électronique, il n’était pas intéressé par des kits. Terrel voulait des machines montées. Complètes. Prêtes à être utilisées.

Ce détail changea tout : les deux Steve passèrent les semaines qui suivirent la création d’Apple Computer, de jour comme de nuit, à monter les cartes imprimées de l’Apple 1, de façon à produire les 50 machines commandées par Terrel.

Au mois de juillet 1976, un peu plus de 3 mois à peine après la création d’Apple Computer, l’Apple 1 était vendu à la boutique Byte Shop au prix étrange de 666,66 dollars. L’histoire d’Apple venait de prendre son réel envol, et rentrerait bientôt dans la légende de la Silicon Valley.