Apple a retiré Bitchat de l’App Store en Chine, ce qui illustre une nouvelle fois la pression croissante exercée par Pékin sur les applications de communication échappant à tout contrôle extérieur.  Développée par Jack Dorsey, l’application s’est fait remarquer par son fonctionnement atypique : au lieu de reposer sur des serveurs centraux et une connexion Internet classique, l’app utilise un réseau maillé en Bluetooth pour permettre des échanges directs entre utilisateurs. Ce choix technologique fait évidemment de Bitchat une cible de choix dans un pays obnubilé par le contrôle et la surveillance sociale.

Une messagerie pensée pour contourner les coupures et les blocages

Bitchat a gagné en visibilité dans plusieurs pays confrontés à des restrictions du réseau ou à des périodes de troubles, précisément parce qu’elle permettait de communiquer sans dépendre d’une infrastructure Internet traditionnelle. Cette architecture sans serveur, sans compte utilisateur centralisé et sans collecte massive de données confère à Bitchat un profil très différent de celui des messageries dominantes, un profil qui rend l’app beaucoup plus difficile à « encadrer » pour les autorités.

Dans le cas chinois, cette singularité semble avoir suffi à placer l’application dans le viseur du régulateur du cyberespace. Les autorités considèrent depuis longtemps avec méfiance tout service susceptible d’échapper à la supervision directe des flux numériques, en particulier lorsque ce service peut faciliter la circulation rapide d’informations entre groupes d’utilisateurs.

Apple de nouveau pris entre deux feux

Le retrait de Bitchat rappelle que l’équilibre est toujours délicat pour Apple en Chine. Le groupe insiste régulièrement sur son attachement à la vie privée et à la sécurité des communications, mais continue dans le même temps à appliquer les demandes des autorités locales lorsque ces dernières s’appuient sur le cadre réglementaire du pays. Ce type de décision renforce l’impression d’une double contrainte impossible à résoudre pour le géant américain : préserver l’accès au marché chinois sans alimenter davantage les critiques sur la cohérence de son discours mondial est une équation à somme nulle.

Une technologie décentralisée de plus en plus difficile à faire accepter

Ce dossier illustre aussi une tension plus large entre innovation réseau et contrôle étatique. À mesure que se développent des outils de communication pair à pair, les régulateurs les plus stricts (et souvent issus des pays les moins démocratiques) y voient un risque politique potentiel. Dans cette logique, ce n’est pas seulement le contenu des échanges qui inquiète les autorités des pays concernés, mais la structure même du service.

Avec le retrait de Bitchat, la Chine bat le rappel : les applications capables d’organiser des communications hors des circuits numériques traditionnels auront de plus en plus de mal à conserver une place officielle dans son écosystème mobile.