Le projet Transmission, l’un des clients BitTorrent open source les plus connus pour sa légèreté, vient de franchir un cap avec la sortie de Transmission 4.1 (disponible sur Mac). Cette version majeure apporte une série d’évolutions techniques très attendues, en particulier autour de la connectivité IPv6, des trackers et des performances réseau, tout en modernisant les applications GTK, Qt et l’interface Web. L’objectif est clair : rendre le client plus robuste sur les réseaux actuels, plus agréable au quotidien, et mieux armé face aux scénarios qui mettent traditionnellement les clients torrent en difficulté (gros fichiers, torrents massifs, connexions instables, environnements dual-stack, etc.).

Une mise à niveau réseau centrée sur IPv6 et les trackers

Le changement le plus structurant de Transmission 4.1 concerne la prise en charge d’IPv6, avec un effort notable sur la compatibilité « dual-stack » (IPv4 + IPv6) au niveau des trackers en UDP. Concrètement, le logiciel sait mieux négocier les environnements mixtes, où l’IPv6 est disponible mais pas toujours de manière uniforme selon les fournisseurs d’accès, les routeurs ou les règles réseau en entreprise.

La version 4.1 améliore également la compatibilité avec certains trackers qui s’appuient encore sur des mécanismes plus anciens, notamment liés à l’écosystème BEP-7. Dans la pratique, cela réduit les cas où un tracker accepte l’annonce en IPv4 mais se comporte de façon imprévisible en IPv6 (ou l’inverse), un sujet qui a longtemps généré des warnings et des comportements dégradés chez plusieurs clients torrent.

Découverte de pairs en local et proxy pour les connexions Web

Autre évolution importante : la découverte de pairs en local via IPv6. Cette fonctionnalité vise à améliorer la capacité du client à trouver rapidement des sources sur un même réseau, ce qui peut être utile dans des contextes domestiques (plusieurs machines), ou dans des environnements où le trafic local est préférable à des échanges plus lointains.

Transmission 4.1 ajoute aussi la possibilité d’utiliser un serveur proxy pour les connexions Web. Cela peut répondre à des besoins variés : configuration en entreprise, cloisonnement réseau, ou simple préférence d’architecture quand on pilote un démon Transmission à distance.

Téléchargement séquentiel : un vrai plus pour le streaming et les gros médias

Transmission 4.1 introduit un mode de téléchargement séquentiel optionnel. Plutôt que de récupérer des morceaux de fichier dans un ordre optimisé pour la distribution BitTorrent, le client peut privilégier une progression dans l’ordre. L’intérêt est immédiat pour certains usages : prévisualiser une vidéo, démarrer un média pendant que le téléchargement continue, ou valider plus vite l’intégrité des premières minutes d’un contenu long.

Cette approche ne remplace pas les bonnes pratiques BitTorrent (qui favorisent l’échange efficace des pièces), mais elle offre un levier supplémentaire, à activer lorsque le contexte s’y prête. Transmission l’intègre sans en faire un comportement imposé : l’option reste au choix de l’utilisateur.

Stabilité renforcée : vérification post-téléchargement et gestion des cas limites

Dans Transmission 4.1, une nouvelle option permet de vérifier automatiquement un torrent dès la fin du téléchargement. Sur le terrain, c’est un point clé : la vérification tardive (ou manuelle) est une source classique de mauvaises surprises, notamment quand un disque commence à montrer des signes de faiblesse ou quand une interruption réseau a généré des incohérences difficiles à détecter à l’œil.

La mise à jour améliore également la gestion de plusieurs scénarios réputés pénibles :

  • meilleure prise en charge des torrents très volumineux (en taille ou en nombre de fichiers) ;
  • comportement plus fiable lors des handshakes en clair et en mode chiffré (MSE) ;
  • contrôles de ports distincts entre IPv4 et IPv6, afin d’éviter les diagnostics trompeurs ;
  • vérification de la présence des fichiers locaux après changement d’emplacement du torrent, pour limiter les erreurs silencieuses.

Transmission 4.1 introduit aussi un mécanisme de mise en cache de certaines adresses IP utilisées dans les communications globales, notamment pour réduire des avertissements répétitifs liés à l’UDP6 dans les journaux. Dans le même esprit, le client sait désormais envoyer un paramètre IPv4 lors du handshake du protocole d’extension, un détail technique qui contribue à rendre les échanges plus cohérents selon les pairs et les environnements réseau.

Performances : DHT, µTP et utilisation des ressources

Sur la partie « moteur », Transmission 4.1 annonce des améliorations de performances notables, à commencer par le DHT (Distributed Hash Table), essentiel à la découverte décentralisée de pairs. Le protocole µTP, souvent utilisé pour limiter l’impact sur la latence en comparaison du TCP, bénéficie lui aussi d’optimisations côté téléchargement.

Autre point appréciable : le projet revendique une réduction de la consommation CPU et mémoire au niveau de la bibliothèque centrale (libtransmission). Transmission a historiquement construit sa réputation sur sa sobriété : ces ajustements prolongent cette philosophie, en particulier sur des machines modestes, des NAS, des mini-PC ou des serveurs personnels.

API modernisée : un RPC compatible JSON-RPC 2.0

Les utilisateurs avancés et intégrateurs vont retenir une nouveauté structurante : Transmission 4.1 propose une API RPC conforme à JSON-RPC 2.0. Cette modernisation simplifie l’intégration avec des outils tiers, des tableaux de bord, des scripts d’automatisation ou des services qui orchestrent des téléchargements à distance. Pour les environnements headless (démon + interface Web, ou pilotage via CLI), c’est une évolution qui peut réduire la friction et clarifier les échanges entre applications.

Interfaces : GTK, Qt et Web gagnent en lisibilité et en confort

Le client GTK : intégration, accessibilité et Flatpak

Côté GTK, Transmission améliore l’intégration système avec la prise en charge de dialogues natifs pour la sélection de fichiers, tout en renforçant l’accessibilité. Le support Flatpak progresse également, un sujet important pour les distributions Linux qui privilégient de plus en plus ce mode de distribution.

Le client Qt : ergonomie, états visuels et connexions distantes

Le client Qt introduit plusieurs raffinements orientés productivité : barres de progression plus explicites selon l’état du torrent, reprise de la fonctionnalité d’étiquettes (Labels) déjà présente côté Web, et davantage d’options pour se connecter à un serveur Transmission distant (y compris via un chemin d’URL personnalisé). L’ensemble vise à rendre le pilotage plus clair quand on jongle entre plusieurs torrents et plusieurs machines.

L’interface Web : contraste élevé, glisser-déposer et pop-ups repensés

Le Web UI gagne un thème à contraste élevé, pratique pour l’accessibilité et les écrans difficiles, ainsi que l’ajout de torrents par glisser-déposer. Transmission 4.1 ajoute aussi des détails d’affichage (plus de précision sur le pourcentage, informations de date et d’heure dans les détails) et des options de filtrage supplémentaires, notamment par état d’erreur ou niveau de confidentialité.

Autre évolution concrète : lors de la suppression d’un torrent, une option permet de supprimer également les données, directement depuis l’interface. Enfin, le système de pop-ups a été retravaillé pour mieux gérer plusieurs fenêtres contextuelles de manière hiérarchisée, avec une meilleure prise en charge des écrans tactiles dans les menus contextuels.

Outils et réglages : transmission-remote et options avancées

Transmission 4.1 apporte aussi des améliorations à transmission-remote, l’outil en ligne de commande souvent utilisé pour le contrôle à distance. Le téléchargement séquentiel peut être piloté de manière plus fine (jusqu’à viser une pièce spécifique), ce qui ouvre des usages orientés streaming et « seek » dans les fichiers médias. On note aussi des réglages autour des limites de seed en cas d’inactivité, un tri par date plus logique dans la liste des torrents, et une estimation du temps restant mieux adaptée aux torrents extrêmement lents (avec des unités allant jusqu’aux mois et années).

Enfin, deux paramètres attirent l’attention des utilisateurs qui aiment garder la main :

  • un réglage permettant d’exprimer une préférence de transport entre µTP et TCP ;
  • la possibilité de désactiver le cache d’écriture disque via un paramètre dédié, utile dans certains scénarios de stockage ou de diagnostic.

Avec Transmission 4.1, le projet cherche visiblement à concilier deux mondes : celui des utilisateurs qui veulent un client simple, discret et efficace, et celui des profils plus techniques qui attendent une compatibilité réseau moderne, une API propre et des réglages avancés. Une mise à jour dense, qui confirme que Transmission reste un acteur central du paysage BitTorrent et qu’il continue d’évoluer pour répondre aux contraintes actuelles des réseaux et des usages.