Steve Wozniak a trouvé une manière rare de parler d’intelligence artificielle sans inquiéter son auditoire (la « trend du moment »). Lors d’une cérémonie de remise de diplômes à la Grand Valley State University, le cofondateur d’Apple a rappelé aux étudiants qu’ils possédaient déjà une forme essentielle d’« AI » : non pas l’artificial intelligence, mais l’« actual intelligence », leur intelligence réelle.

Un discours sur l’humain plutôt que sur la machine

La formule a déclenché rires et applaudissements, dans un contexte où plusieurs discours universitaires centrés sur l’IA ont récemment été mal accueillis. Certains étudiants rejettent désormais les messages trop enthousiastes présentant l’IA comme une révolution inévitable, alors que ces derniers entrent sur un marché du travail marqué par l’automatisation, les suppressions de postes et les incertitudes sur les métiers d’entrée de carrière.

Wozniak n’a évidemment pas nié l’importance de l’intelligence artificielle. Le co-fondateur d’Apple a plutôt replacée l’IA dans une histoire plus large, celle des tentatives humaines de reproduire certaines routines du cerveau. Mais son message principal portait sur la créativité, la curiosité et la capacité à ne pas suivre le même chemin que tout le monde, un conseil qui ressemble étrangement au « stay foolish ! » (soyez fous !) de Steve Jobs adressé aux étudiants de Standford lors d’une conférence désormais mythique.

Le « Think Different » adapté à l’époque de l’IA

Un technologue qui refuse de réduire l’humain à un algorithme

La portée du discours tient aussi à la personnalité de Wozniak. L’ingénieur de l’Apple I et de l’Apple II n’est pas un observateur extérieur à la révolution numérique. Ce dernier fait même partie de ceux qui ont rendu l’ordinateur personnel accessible, concret et surtout familier (bon, pour ce dernier point, c’est surtout Jobs qu’il faut remercier…). Si on lit entre les lignes, le message de Woz semble dire qu’il ne s’agit pas de rejeter les outils, mais de refuser que ces derniers définissent seuls la valeur d’un individu. Là encore, cette déclaration est raccord avec l’ »esprit » des débuts d’Apple : la technologie doit rester un prolongement de l’imagination humaine, pas son remplacement.

À l’heure où l’IA s’impose dans l’éducation, le recrutement, la création et le développement logiciel, cette nuance compte. Wozniak rappelle aux jeunes diplômés que dans un monde obsédé par l’IA, ce qui compte reste toujours cette « ressource » plus ancienne de l’homme, plus fragile et plus précieuse aussi : l’intelligence humaine.