La France emboîte donc le pas des américains concernant l’accès aux données chiffrées d‘iOS, une attitude qui ne place pas notre pays dans la liste de ceux qui se montrent vraiment soucieux du droit à la vie privée numérique. Le Procureur de Paris François Molins vient de parapher une lettre ouverte collective (signée aussi par le « dur » Procureur de New-York Cyrus Vance et le Commissaire de Londres Adrian Leppard) dans laquelle sont repris la plupart des arguments déjà lus et entendus sur le sujet : le chiffrement intégral des données sous iOS, et le fait que même Apple (ou Google) ne possède pas la clef permettant d’accéder à ces données chiffrées, permettrait à des personnes malveillantes ou à des criminels de couvrir leurs arrières en freinant les procédures judiciaires.

Francois molins

Le Procureur de Paris François Molins

Il est vrai que sur les dizaines de milliers d’affaires criminelles traitées à New-York durant les mois d’octobre 2014 à juin 2015, 74 appareils sous iOS et Android appartenant à des suspects sont restés totalement « muets », ce qui a empêché la récupération d’informations sensibles. L’une de ces affaires concernait un abus sexuel sur mineur. Pour autant, à l’époque du tout papier, les criminels brûlaient les documents pouvant les impliquer, ce qui n’empêchait pas la justice et la police de faire son travail et de mettre derrière les barreaux les méchants de tous poils.

Le Procureur Molins a beau jurer qu’il ne s’agit pas « d’enfreindre les libertés civiles » mais seulement de « la possibilité de déverrouiller des téléphones conformément à des ordonnances judiciaires légales et transparentes« , la demande repose toujours sur la mise en place d’une « serrure », d’une porte d’accès sur ce chiffrement intégral, qui, quoi qu’en dise par ailleurs le procureur (visiblement peu au fait de ce qu’il est possible de faire en matière de piratage informatique), pourrait être déverrouillée par des personnes moins bien intentionnées que les services de renseignement français ou les juges (si tant est que ces deux composantes soient déjà bien intentionnés). Même si Apple était seul possesseur de la clef « officielle » de déchiffrement d’iOS, la présence d’une « serrure » pourrait bel et bien être exploitée pour des écoutes massives, ce qui malheureusement fait sens depuis les révélations de l’affaire Snowden. On sourit un peu jaune d’ailleurs lorsque les signataires de cette lettre ouverte osent déclarer qu' »aucune de nos agences ne collecte des données en masse ou n’use de pratiques cachées« ; est-on obligé de les croire sur parole ?

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Edward Snowden, ex-employé de la NSA, qui a révélé les écoutes massives pratiquées illégalement aux Etats-Unis (et en dehors des Etats-Unis)

Le manque de confiance des citoyens mais aussi des sociétés privées à l’encontre des Etats qui ont pratiqué l’écoute massive de leurs propres citoyens reste le noeud du problème. La plupart des informations réellement importantes (liste de contacts par exemple) pouvant déjà être récupérées via les communications téléphoniques ou numériques (envois de mail ou de SMS par exemple), on voit toujours aussi mal ce qui pourrait justifier de signer un chèque en blanc vis à vis d’officines d’Etat qui n’ont montré aucune transparence ces dernières années et dont les pratiques parfois douteuses ont été révélées avec fracas par Wikileaks et Edward Snowden (ce dernier s’étant même rangé derrière la position d’Apple concernant le chiffrement intégral). Les déclarations d’intention voire les actes de foi, en la circonstance, paraissent tout de même toujours aussi légers alors même que l’on apprend presque chaque jour à quel point les possibilités d’écoute massive des services de renseignement (et pas seulement ceux des Etats-Unis) ont souvent servi des intérêts à mille lieu de la lutte contre le terrorisme (plutôt pour de l’espionnage économique). Qui peut être certain que demain ces écoutes ne serviront pas des desseins encore plus sombres ?