Pour Steve Wozniak, Apple n’a pas prédit l’avenir de l’informatique, mais a su avancer avant les autres
Pour les 50 ans d’Apple, Steve Wozniak, le co-fondateur et tout premier employé d’Apple, a livré une lecture à la fois humble et essentielle de l’histoire de l’entreprise. Loin du traditionnel récit triomphaliste, le cofondateur a rappelé lors d’un entretien accordé à CBS qu’Apple n’a pas bâti sa légende en prétendant connaître le futur à l’avance. Selon le créateur de l’Apple 2, la société a surtout eu l’intelligence de franchir très tôt plusieurs caps majeurs, notamment en proposant des machines qui ouvraient la voie de l’informatique personnelle.
Pour Wozniak, Apple était avant tout en avance
Revenant sur les débuts de l’aventure Apple, Wozniak a rappellé que la naissance d’Apple ne relevait pas d’un grand plan théorique sur le monde à venir, loin s’en faut. Woz affirme au contraire que l’entreprise a grandi à partir d’une intuition simple, qui pouvait se résumer à construire quelque chose de meilleur, tout de suite. Apple n’a pas « prévu l’avenir tel qu’il s’est déroulé » déclare Wozniak, mais a su faire « un pas en avant avant tous les autres ».

Cette phrase éclaire avec justesse toute la trajectoire des premières années : les 150 Apple 1 vendus à la boutique Byte Shop de Cupertino ont ensuite laissé place au succès massif de l’Apple II, que Woz estime « tellement au-dessus de tous les autres ordinateurs qui sortaient à l’époque». Le destin d’Apple aurait donc démarré sur la base uniquement de l’exécution brillante d’une idée en avance sur son époque.
Une culture née des fondateurs et toujours perceptible
Wozniak insiste également sur l’héritage culturel transmis dès les origines. La réputation d’Apple selon lui ne s’est pas formée après coup : elle est née de l’esprit insufflé par les fondateurs. Même après être devenu un groupe mondial, Apple conserve à aux yeux de Woz une singularité forte forgée par cette obsession du produit et cette volonté de faire mieux que le reste du marché.
Une admiration intacte malgré le statut de GAFAM
Sans idéaliser la firme, Wozniak garde un attachement manifeste à l’entreprise qu’il a aidé à créer, et le dit d’ailleurs sans détour : « C’est difficile d’être parfait à 100 %, mais j’admire toujours Apple plus que toutes les autres entreprises technologiques. » Cette déclaration a d’autant plus de poids ici qu’elle vient d’un cofondateur connu pour son franc parler et pour son regard souvent plus détaché que celui des dirigeants en poste.
Un récit d’ingénieur ?
En filigrane, les propos de Wozniak rappellent ce qui selon lui a véritablement fait la force d’Apple depuis 1976 : non pas une capacité magique à lire l’avenir, mais un talent rare pour transformer une avancée technique en mouvement historique. À l’heure où la marque célèbre un demi-siècle d’existence, cette nuance compte… même s’il faut sans doute lui apporter un gros bémol ; car Woz raconte ici l’histoire de son point de vue d’ingénieur – la meilleure machine -, un récit qui n’est pas tout à fait le même que celui de son ami Jobs.

L’homme au col roulé a en effet que toujours affirmé (et confirmé dans la biographie d’Iasaacsson) qu’ après avoir vu la carte mère sur laquelle travaillait son ami Wozniak, il lui est apparu comme une évidence que cette machine pourrait, sous une autre forme, changer l’humanité. C’est aussi cette conviction qui a poussé Jobs à vouloir commercialiser ce que Woz ne voyait alors que comme un hobby. Le web regorge d’ailleurs de citations de Jobs confirmant l’aspect résolument visionnaire de certaines de ses prédictions. Et nombre des « visions » de Jobs sur l’avenir de la tech ont directement influencé la conception de certains produits phares d’Apple (l’interface graphique du premier Macintosh, la fin du lecteur de disquette sur l’iMac, l’interface tactile de l’iPhone, etc.).

Changé l’humanité ? Nan mais il faut arrêter les gars. Nelson Mandela, Robert Badinter ou Bob Marley ont changé l’humanité. Jobs a juste devancé ses concurrents vendeurs d’électronique grand public avec des produits mignons. C’était un bon commerçant mais cela ne lui vaudra pas d’être cité dans les livres d’histoire.
Le Mac ou l’iPhone ont profondément influencé nos sociétés modernes. ça n’a aucun sens de réduire ça à des produits mignons. Une grande partie de ce que nous faisons dans une journée, c’est sur l’iPhone ou un smartphone Android que ça se passe, qu’on le regrette ou pas. Idem pour l’ordinateur personnel. Changer l’humanité passe aussi par la dimension technologique, passe surtout par cette dimension d’ailleurs à l’ère moderne. Et Jobs est déjà cité dans les livres d’histoire, parce que son influence technologique sur nos sociétés modernes a été objectivement énorme.