IA chez Apple : les secrets de la réunion de crise qui a tout changé
Apple aborde la WWDC 2026 avec une pression rare sur ses annonces d’intelligence artificielle. La keynote d’aujourd’hui qui débutera à 19 heures doit montrer le nouveau Siri et les efforts IA au niveau d’iOS 27 et des autres systèmes, après une séquence marquée par l’échec d’Apple Intelligence et des retards répétés sur la refonte de l’assistant.

Le point de bascule remonte au début de 2025, comme le dévoile Mark Gurman de Bloomberg. À ce moment-là, les dirigeants d’Apple ont constaté que le rythme du marché laissait leurs travaux sur l’intelligence artificielle en retrait. Réunis près des équipes logicielles, ils ont traité la situation comme une crise capable d’abîmer durablement l’entreprise si elle restait sans réponse. Jeff Williams, alors directeur des opérations, a débuté la réunion. Craig Federighi, vice-président chargé d’iOS et de macOS, a piloté l’essentiel des échanges. Alan Dye (ancien responsable du design d’interface), Mike Rockwell (responsable de l’Apple Vision Pro) et d’autres dirigeants y ont aussi participé.
La réunion de crise devait déboucher sur une recommandation claire pour Tim Cook. Le patron d’Apple n’était pas présent, mais le climat interne pesait déjà lourdement sur la discussion. John Giannandrea, alors chef de l’intelligence artificielle, inspirait peu de confiance à Tim Cook et le retard du nouveau Siri IA devenait un symptôme trop visible pour rester sous traitement ordinaire.
Un nouveau dirigeant pour Siri
Mike Rockwell a alors saisi l’occasion pour se proposer à la tête du redressement de Siri et de l’intelligence artificielle chez Apple. Son poids interne venait du lancement du Vision Pro qui lui donnait une crédibilité technique et politique au moment où Apple cherchait une sortie de crise. L’idée d’un changement de direction a rapidement gagné du terrain parmi les participants.

Le dossier traînait pourtant depuis longtemps. Dix ans plus tôt, Dan Riccio, ancien responsable du matériel, avait déjà défendu la nécessité d’installer un vrai responsable de l’intelligence artificielle au sein de l’équipe dirigeante d’Apple. Il avait même demandé à Mike Rockwell de préparer un plan sur cinq ans pour revoir Siri. Ce travail n’avait jamais débouché sur une feuille de route achevée, faute d’adhésion au sommet.
En 2025, la situation s’est enfin débloquée, sans simplifier les rapports de force. Mike Rockwell imaginait reprendre la direction générale de l’IA en remplacement de John Giannandrea. Craig Federighi défendait une autre vision, avec Mike Rockwell chargé de Siri et placé sous sa responsabilité. Mike Rockwell a mal accueilli cette perspective, dans un contexte où il visait aussi une promotion au rang de vice-président d’Apple. Il a fini par accepter de s’occuper de Siri dans ce cadre hiérarchique.
Apple a doublé sa direction pour l’IA
Cette solution réglait le cas de Siri sans couvrir l’ensemble du chantier. Apple devait encore trouver un dirigeant pour les modèles d’intelligence artificielle eux-mêmes. L’entreprise a donc passé une bonne partie de 2025 à chercher un second pilote, avant de retenir Amar Subramanya, lui aussi rattaché à Craig Federighi.
Cette répartition dit beaucoup sur la nouvelle organisation. Siri devient un élément à part entière, avec sa propre chaîne de commandement, pendant que le développement des modèles IA suit une autre ligne. Apple cesse ainsi de traiter l’intelligence artificielle comme un sujet périphérique disséminé entre plusieurs équipes.
Le rattrapage passait aussi par des choix plus pragmatiques. Mike Rockwell a commencé à explorer l’usage de solutions tierces pour accélérer le chantier. Cette recherche a mené à un accord conclu avec Google par Mike Rockwell, Craig Federighi et Eddy Cue afin d’utiliser Gemini et Google Cloud pour accélérer la mise au point des nouveaux Apple Foundation Models.
Tim Cook a repris les commandes
La réunion de crise de 2025 n’a pas seulement redistribué les responsabilités. Elle a aussi changé la place de Tim Cook. Jusqu’ici, le dirigeant laissait volontiers les feuilles de route et les décisions majeures à ses responsables directs. Sur l’intelligence artificielle, cette distance a disparu. Tim Cook s’est impliqué personnellement dans la planification, a multiplié les arbitrages et a même livré un discours interne pour remobiliser l’entreprise.

Craig Federighi a lui aussi modifié son point de vue du sujet. Chargé de déployer les fonctions d’intelligence artificielle sur iPhone et les autres appareils, il considère désormais cette technologie comme l’axe central des mises à jour logicielles pour les années à venir. Ce changement donne sa vraie portée à la keynote de la WWDC 2026.
