Apple et 65 entreprises s’opposent à un durcissement du reporting sur l’électricité décarbonée
Apple a rejoint un groupe de 66 entreprises et organisations pour contester une évolution majeure des règles encadrant la comptabilisation de l’électricité décarbonée dans les bilans carbone des grandes sociétés. Derrière ce débat technique sur le Scope 2 du GHG Protocol se joue en réalité une question cruciale en ces temps de réchauffement climatique : comment pousser les entreprises à acheter davantage d’énergie propre sans casser les mécanismes volontaires qui soutiennent aujourd’hui une partie importante des investissements dans la transition énergétique ?
Un changement de méthode qui inquiète les grands acheteurs d’électricité décarbonée
Le projet de révision porté par le GHG Protocol viserait à imposer une correspondance beaucoup plus stricte entre l’électricité consommée par une entreprise et l’électricité propre qu’elle revendique dans son reporting. Concrètement, il ne suffirait plus d’acheter des certificats renouvelables à l’échelle d’une année : les entreprises devront démontrer une correspondance horaire et issue de zones du réseau capables de livrer physiquement cette énergie, ce qui permettrait de lutter au passage contre une forme sophistiquée de greenwashing.

Sur le papier, la logique est simple puisqu’il s’agit d’améliorer la précision des déclarations « vertes » et éviter que des entreprises ne revendiquent une électricité propre qui n’a, en pratique, jamais réellement alimenté leurs opérations. Mais pour Apple et les autres signataires, cette approche risque de produire l’effet inverse de celui recherché.
Les signataires redoutent un coup d’arrêt aux marchés volontaires
Dans leur déclaration commune, les entreprises expliquent qu’il est « impératif de réussir cette révision » sans pour autant « étouffer les investissements cruciaux dans la décarbonation de l’électricité ». Ces dernières plaident pour que ces exigences plus strictes restent facultatives et non obligatoires, afin d’encourager les acteurs les plus avancés à aller plus loin sans décourager le reste du marché.
Apple défend ici une logique pragmatique… seulement ?
La position d’Apple s’inscrit dans une vision pragmatique du climat d’entreprise : mieux vaut préserver un système imparfait mais mobilisateur qu’imposer trop vite une règle si exigeante qu’elle ferait reculer la participation de beaucoup d’entreprises. Pour les signataires, la future norme doit avant tout « encourager davantage d’achats d’énergie propre » et « permettre une action d’entreprise plus impactante », plutôt que de scruter à la loupe les engagements existants.
Si les arguments des contestataires peuvent s’entendre, on ne peut que regretter l’absence de toute proposition de leur part visant à lutter efficacement contre le greenwashing, et ce au moment même où une étude vient de prouver que la quasi totalité des objectifs « verts » des grandes sociétés de l’agroalimentaire ne sont presque jamais suivi d’engagements concrets vers la décarbonation. Si l’objectif est uniquement de se retrouver in fine avec 90% de sociétés engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique mais avec uniquement 2% d’engagements réellement respectés…bof.
