Contraint par le CADE, le gendarme brésilien de la concurrence, Apple a autorisé les boutiques d’applications alternatives et les paiements tiers sur iOS au Brésil. La grille tarifaire dévoilée en contrepartie a immédiatement déclenché la riposte d’Epic Games et de la Coalition for App Fairness qui y voient une ouverture de l’App Store soigneusement verrouillée par Apple.

Apple Epic Games Logos

Des commissions pour décourager la concurrence

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : toute transaction passant par le système de paiement natif Apple depuis l’App Store génère 5 % de frais de traitement auxquels s’ajoutent 10 % à 21 % de commission. Recourir à un système de paiement tiers intégré n’allège pas vraiment la facture : Apple prélève tout de même 10 % à 21 % de commission. Même un simple lien redirigeant l’utilisateur vers un paiement externe reste taxé à hauteur de 10 % à 18 %. Seule la création d’une boutique d’applications alternative bénéficie d’un régime distinct, avec une Core Technology Commission de 5 %.

La Coalition for App Fairness, qui regroupe notamment Basecamp, Deezer, Epic Games, Match, ProtonMail, Spotify et Tile, a réagi auprès de 9to5Mac :

Les conditions annoncées aujourd’hui par Apple à la suite de l’enquête menée par le CADE ne permettent pas de créer un écosystème d’applications ouvert et concurrentiel au Brésil. Les développeurs qui choisissent de distribuer leurs applications via des boutiques alternatives ou de proposer des modes de paiement en dehors de l’App Store sont pénalisés par des frais élevés et des exigences de suivi excessives. Cette politique continue d’assurer à Apple un avantage déloyal et freine l’innovation dans les boutiques d’applications en imposant une nouvelle taxe significative sur le commerce.

Epic Games a également publié son propre commentaire :

Aujourd’hui, Apple a annoncé au Brésil les mêmes politiques anticoncurrentielles concernant les boutiques d’applications alternatives et les achats effectués en dehors des applications que celles qu’elle tente de faire passer au Japon. Conçues délibérément pour entraver la concurrence, les conditions générales d’Apple et ses frais abusifs dissuadent les développeurs de distribuer leurs applications en dehors de l’App Store et de proposer d’autres options de paiement. Cela signifie que les consommateurs n’auront pas accès aux offres spéciales proposées en dehors de l’App Store et devront probablement se plier à une procédure d’installation fastidieuse pour les boutiques d’applications tierces, similaire à celle imposée par Apple au Japon.

Epic Games ajoute prévoir la lancement de son Epic Games Store sur iPhone dans les prochains mois au Brésil, comme c’est déjà le cas en Europe et au Japon.

Apple maintient par ailleurs des exigences de pistage et des parcours d’installation jugés volontairement complexes par le créateur de Fortnite.

Apple ajuste ses règles selon les régulateurs

Le Brésil n’est pas un cas isolé. Apple déploie délibérément le même bouclier tarifaire que celui expérimenté au Japon, dans une logique de fragmentation juridique qui lui permet de répondre à chaque régulateur local par un modèle d’ouverture sur mesure, suffisamment conforme pour éviter les sanctions et insuffisamment généreux pour permettre une concurrence réelle. Cette approche vise explicitement à se démarquer du Digital Markets Act (DMA) européen, que le fabricant d’iPhone considère trop contraignant, en proposant aux autres législateurs un système alternatif qu’il contrôle et présente comme plus équilibré.

De son côté, Epic Games a annoncé son intention de poursuivre son lobbying politique auprès des autorités brésiliennes tout en maintenant son calendrier de déploiement sur iOS, transformant le Brésil en nouveau théâtre d’un bras de fer qui oppose depuis des années les grandes plateformes aux développeurs tiers.