Apple demande l’annulation des conclusions du gendarme indien de la concurrence, qu’il accuse d’avoir repris presque mot pour mot les arguments de Match (propriétaire de Tinder), PhonePe (système de paiement indien) et Paytm (également un service de paiement indien). L’affrontement prend une dimension stratégique au moment où l’Inde devient un pilier industriel majeur pour l’iPhone.

iPhone Inde

Dans un document réglementaire consulté par Reuters, Apple soutient que le rapport d’enquête de la Competition Commission of India (CCI) n’est pas le résultat d’une analyse indépendante. Le fabricant d’iPhone affirme que les enquêteurs ont repris les déclarations de ses concurrents sans véritable vérification, allant jusqu’à produire des tableaux comparatifs pour démontrer ce qu’il présente comme un simple copier-coller.

La firme de Cupertino attaque aussi la méthode. Apple affirme n’avoir pas eu « une seule opportunité » de présenter des témoignages oraux dans cette procédure, alors que Google avait bénéficié d’un tel traitement dans son dossier pour Android. Une audience à huis clos est désormais prévue le 21 juillet 2026.

Apple conteste toute enquête autonome

Le cœur de la défense repose sur une accusation procédurale. Selon Apple, le directeur général chargé de l’enquête « n’a fait absolument aucun effort pour vérifier de manière indépendante ou évaluer de façon critique ces déclarations, les reprenant souvent textuellement ». En d’autres termes, Apple cherche à faire tomber la crédibilité même de l’instruction.

Apple insiste aussi sur sa faible place sur le marché indien des smartphones. La marque y revendique moins de 6 % de parts de marché avec ses iPhone et se présente donc comme un acteur trop limité pour justifier une vision monopolistique comparable à celle observée ailleurs. Cette ligne vise à démontrer que les spécificités du marché local auraient été mal prises en compte.

La société alerte également sur les conséquences d’un démantèlement forcé de son App Store. Apple soutient que « toute modification imposée à l’App Store soigneusement conçu par Apple pourrait perturber son modèle économique intégré » et que « l’imposition de remèdes créerait une incertitude réglementaire susceptible de décourager les investissements dans l’économie numérique de l’Inde ». En cas de condamnation, l’amende pourrait grimper jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires réalisé localement sur les trois dernières années. De précédentes données ont fait d’état d’une potentielle amende de 38 milliards de dollars.

L’Inde est devenue trop importante pour Apple

Cette bataille réglementaire survient à un moment particulièrement sensible pour Apple. En 2026, l’Inde représente 26 % de la production mondiale d’iPhone, contre seulement 6 % il y a quatre ans. Sur cinq ans, les exportations d’iPhone depuis le pays ont atteint 51 milliards de dollars.

Le dossier prend donc une dimension plus large qu’un simple contentieux sur les règles de l’App Store. Apple cherche à protéger à la fois son architecture commerciale et sa relation avec un pays devenu central dans sa stratégie industrielle mondiale. Toute décision brutale de la CCI tomberait au moment même où l’Inde s’impose comme l’un des principaux relais de croissance et de fabrication du groupe.

Le contexte est d’autant plus tendu que la chaîne d’approvisionnement locale n’est pas épargnée par les incidents. Apple doit déjà gérer les remous provoqués par une fuite de données chez Tata, l’un de ses partenaires en Inde.